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Le réveil d’une citoyenne

Je suis une citoyenne française.

Avant, j’aurais simplement dit que j’étais une femme, une mère, une auteure, une enfant du monde, pour ne pas dire une enfant de la Terre.

Les Bouddhistes diraient que je ne suis rien de tout cela.

Sans doute.

Dans tous les cas, je n’aurais pas dit que j’étais une citoyenne française. Le patriotisme, du moins le nationalisme, très peu pour moi. Quant à la citoyenneté, j’éprouvais certes, comme beaucoup, un vague intérêt pour la politique et pour les questions économiques et sociales. J’écoutais d’une oreille distraite, tantôt irritée, tantôt amusée, les débats. Je refaisais à l’occasion le monde autour d’une table, ce qui est toujours plus pratique et beaucoup moins risqué que de faire le tour du monde. Je n’étais ni encartée, ni militante. Je votais par devoir, pour ne pas dire par automatisme, sans réel enthousiasme et encore moins par conviction.

Si, à l’instar d’une Miss nationale, je m’intéressais au monde, m’indignais des guerres, de la famine, des exactions et autres ravages de la pauvreté ou des dictatures, et m’efforçais dans la mesure de mes moyens d’aider les plus démunis, je menais ma vie sans trop me préoccuper de mon pays, la France.

J’étais une citoyenne passive et endormie.

Mais j’ai des circonstances atténuantes : j’étais persuadée que, même si tout n’était pas parfait (je ne suis pas non plus totalement stupide), l’essentiel était acquis. Que, même si les politiques prenaient quelques libertés avec leurs fonctions et leurs obligations, les valeurs sacrées de la démocratie étaient sauves.

Nourrie par mes lectures de Voltaire, Hugo, Zola, Jaurès, que, de surcroît, nos chers élus veillent régulièrement à rappeler à nos mémoires, au cas où elles seraient déficientes, je me savais dans la patrie des droits de l’homme et je me croyais en sécurité. La chute n’en a été que plus dure et je paie aujourd’hui au prix fort mon inconséquence et ma naïveté d’hier.
Emportée par les aléas de la vie, j’ai rencontré Thémis ou plutôt Adikia . Et, avec une violence qui n’a d’égale que la douce crédulité dans laquelle je baignais, je me suis réveillée.

* * *

Aller en justice n’est pour personne une partie de plaisir mais j’avais à l’époque confiance dans les institutions de mon pays et j’étais loin de m’imaginer qu’aller en justice pouvait être un chemin de croix, un parcours aussi humiliant que douloureux. Car, à défaut de justice, c’est l’enfer qui s’est ouvert sous mes pieds.

Ce fut un électrochoc.

Ballottée dans les méandres des jeux institutionnels et politiques, j’ai découvert, avec un effroi grandissant, que la société dans laquelle je vivais n’était pas celle que l’on m’avait promise, ni celle que j’avais promise à mes enfants.

L’une après l’autre, mes illusions sont tombées, flasques, vidées de leur sens, risibles et ridicules.

Être arbitrairement dépossédé de ses droits et lourdement condamné est une expérience d’une rare violence. Ceux qui l’ont vécue, et j’en connais beaucoup, savent de quoi je parle. L’injustice est toujours une déclaration de guerre, d’autant plus brutale que l’on n’est pas préparé. Au-delà des dommages particuliers, l’ignorance des lois dans les tribunaux est une véritable provocation, un pied de nez délibéré à la démocratie, une façon ouverte pour les juges de dire : « nous avons tous les pouvoirs ». Et, si ce gant jeté aux vrais démocrates n’est pas relevé, alors ils auront définitivement gagné la partie.

Je suis certaine qu’il y a parmi les juges de vrais démocrates et eux aussi doivent relever ce gant. Quant aux autres, vous le verrez et vous en comprendrez les raisons, ils ont fait de mon cas une affaire personnelle. C’est un vrai problème. Nous ne sommes pas dans une dispute : qui a raison, qui a tort ? En tout cas, je ne suis pas dans cette dispute. Il ne s’agit pas d’avoir raison ou d’avoir tort. Il s’agit des lois et des droits. Il s’agit de la vérité. Non la vérité judiciaire, à laquelle on fait parfois dire ce que l’on veut. La vérité, celle qui ne se discute pas. La vérité des faits.

La justice, ce sont des faits.

Si je dis, qu’en ce moment, vous n’êtes pas en train de lire ou d’entendre ces lignes, c’est un mensonge, parce que, en ce moment, vous êtes en train de lire ou d’entendre ces lignes. C’est un fait.

Si quelqu’un dit que j’héberge dans mon appartement, un éléphant de cinq mètres de haut, que je nourris avec des plantes spéciales que j’ai cueillies sur la planète Mars et auquel je lis tous les soirs un conte de Napoléon, c’est un mensonge. Le fait est qu’il est impossible que j’héberge dans mon appartement un éléphant de cinq mètres de haut (la hauteur de plafond étant de deux mètres cinquante), que je le nourrisse avec des plantes cueillies sur Mars (on se demande comment j’y serais allée) et que je lui lise des contes de Napoléon (Napoléon n’a jamais écrit de contes).

Que quelqu’un me transforme en éleveuse d’éléphant géant, engraissé à coup de plantes extra-terrestres et à qui je fais la lecture chaque soir de livres qui n’existent pas, pourquoi pas ? Ceux qui se défendent sont parfois prêts à dire n’importe quoi. Mais que les juges conviennent de la chose, là, ça devient très inquiétant. C’est à peu près ce que vous lirez dans la décision rendue à mon encontre. Ce seront d’autres fables, mais ce seront des fables. Des fables tout aussi outrancières.

La justice, ce sont des lois.

En plus de la vérité, les lois sont les autres grandes sacrifiées dans la décision dont je vais vous parler. Cette décision n’est pas grave parce qu’elle me concerne. La privation abusive d’un droit est toujours grave, peu importe la personne, peu importe le droit. En revanche, elle a deux caractéristiques qui la rendent particulièrement dangereuse et qui doivent nous alerter. C’est la première fois, en France, qu’un auteur est mis à l’index par les juges. Un pas de plus a été franchi par les magistrats et ce pas doit nous faire réagir : les pays qui s’en prennent aux livres ne sont pas des démocraties. Son autre caractéristique, c’est que les juges statuent sans s’appuyer sur une seule loi. Vous trouverez beaucoup de choses dans la décision rendue à mon encontre, des choses que l’on ne s’attend pas à trouver dans un jugement. Des choses qui feront que votre vision de la justice française sera définitivement changée. Vous trouverez beaucoup de choses mais vous ne trouverez pas la loi et, pour cette raison, vous ne trouverez pas la justice, car ce n’est pas une décision de justice qui a été rendue, c’est une décision d’injustice.

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